Jacques Prud’Homme, 50 ans de Cargair à Nolinor

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Le 21 juin 2018, le président de Nolinor Aviation, M. Jacques Prud’Homme célébrait son 50e anniversaire comme entrepreneur dans le transport aérien au Québec. Les Ailes du Québec a eu le privilège de s’entretenir avec lui dernièrement afin de discuter de cette exceptionnelle carrière.

 

M.Prud’Homme a commencé à voler sur l’avion de son père qui était entrepreneur et possédait une cimenterie dans Lanaudière. Il a complété sa licence de pilote professionnel à l’âge de 17 ans. Puis il a eu l’occasion de faire l’acquisition de Cargair avec son père en 1968. Pour le jeune pilote qu’il était alors, devenir propriétaire d’une compagnie aérienne était une occasion de pouvoir voler à ne pas manquer. Il s’est donc lancé dans l’aventure sans savoir exactement ce qui l’attendait.

 

Au début, Cargair ne comptait qu’un seul appareil, un Cessna 206 sur flotteur, puis au fil du temps la flotte a grandi pour compter 16 avions à la fin de 1975. Durant les années 70, c’était le Far West dans le transport aérien, surtout dans les opérations de brousse. Il y avait alors plusieurs propriétaires d’avions qui effectuaient des opérations commerciales sans avoir de certificat d’exploitation de Transports Canada. Ces compagnies illégales ne respectaient aucune règle et causaient un tort énorme aux compagnies en règle. C’est cette situation qui à poussé M. Prud’Homme à regrouper les compagnies aériennes québécoises en formant l’AQTA.

 

M.Prud’Homme a créé une véritable révolution dans le monde de l’aviation de brousse au Québec en décidant d’apporter une balance au quai afin de pouvoir peser la marchandise avant de la charger à bord des hydravions. Comme par hasard, le chargement destiné au petit Cessna 185 était plus pesant que prévu et se retrouvait dans le Cessna 206 plus gros. L’arrivée de la balance a créé un effet en cascade obligeant les clients à noliser le bon avion même s’il était plus dispendieux. M. Delorme se souvient tout de même de quelques discussions épiques que cela a donné.

 

« Lorsque j’annonçais à des chasseurs ou des pêcheurs que les caisses de bières devraient rester sur le quai, le ton montait et les échanges devenaient très bruyants. »

 

Mais à force d’argumenter, il est parvenu à convaincre les clients et ses compétiteurs de la nécessité de peser les chargements.

 

Prud’Homme avoue ne pas être très patient de nature, il déteste attendre en ligne à la banque ou attendre longtemps avant d’être servi au restaurant. C’est cette impatience qui l’a poussé à toujours vouloir offrir un excellent service à ses clients et il s’efforçait d’être à l’heure. Il a utilisé un principe très simple, ne jamais faire une promesse que l’on ne peut pas tenir et c’est ainsi qu’il a toujours livré à ses clients le service qu’il leur avait promis.

 

En 1988, Jacques Prud’Homme a vendu ses parts à son frère, mais la fibre entrepreneuriale était toujours présente et en 1989 il a lancé la compagnie Épand’Air. Puis en 1999, il a fait l’acquisition de 23% des parts de Nolinor et a également obtenu le contrat de gestion de cette entreprise. Au cours des années, lui et la famille Prud’Homme ont racheté toutes les actions de Nolinor.

 

L’expérience accumulée dans les opérations de brousse lui a été utile pour l’opération d’avions beaucoup plus gros. Une des premières choses qu’il a amenée chez Nolinor est d’avoir un « fly away kit » dans chaque avion qui contient les pièces et outils les plus susceptibles d’être utile. Un mécanicien est aussi présent à bord de chaque vol afin de pouvoir effectuer les réparations et signer le carnet d’entretien, et ce même s’il se trouve sur une piste isolée du Grand Nord canadien.

 

L’achat de son premier B737-200 l’a forcé à faire preuve d’une patience qu’il ne se connaissait pas alors qu’il a fallu près de deux ans pour mettre l’appareil en service. Avec les B737-200, il n’y a pas que le poids des appareils qui a augmenté, le niveau d’agressivité des compétiteurs a augmenté lui aussi. Voyant arriver Nolinor, ses compétiteurs ont acheté tous les ensembles de modifications des B737-200  permettant d’atterrir sur des pistes en gravier, ce qui a compromis très sérieusement ses chances d’opérer l’avion. Comme il restait des ensembles de modifications dans les pays de l’ancien bloc de l’Est, M. Prud’Homme a mandaté une personne qui en a finalement retrouver deux. Il a bien appris la leçon et de nos jours il s’assure de mettre la main sur chacun des ensembles qui devient disponible. Aujourd’hui, Nolinor est le plus gros opérateur de B737-200 au monde avec 8 appareils en service.

 

Malgré qu’il ait vendu à ses enfants et qu’il ne travaille plus que trois jours par semaine dans l’entreprise l’entrevue avec M. Prud’homme a duré plus d’une heure. Sa passion pour l’aviation et le plaisir d’y œuvrer sont encore bien palpables. Durant l’entretien, il a démontré une surprenante lucidité dans l’analyse des forces et faiblesses de ses adversaires. Il n’est définitivement pas du genre à sous-estimer ses compétiteurs et cela en fait un adversaire redoutable.

 

M.Prud’Homme compte plus de 7 000 heures de vol à titre de pilote de brousse et il demeure un grand amateur de chasse et pêche. Durant la saison estivale, il réussit à cumuler environ 165 heures de vol sur son hélicoptère, qu’il pilote à gauche comme s’il était dans un avion. Il est évidemment très fier et satisfait de ses 50 années passées dans l’aviation surtout dit-il, « que jamais il n’a fait de déficit ».

 

Demeurer en affaires 50 ans, c’est un exploit. Demeurer en affaire 50 ans dans le transport aérien, c’est un exploit extraordinaire. Demeurer dans le transport aérien au Québec pendant 50 ans, c’est un exploit grandiose. Les Ailes du Québec salut cet exploit et rend hommage à ce bâtisseur hors du commun. Toutes nos félicitions à M. Jacques Prud’homme.

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