Aérospatiale

Boeing vend le rêve chinois aux investisseurs

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Depuis le mois d’avril 2019, les bonnes nouvelles chez Boeing se sont faites rares. Quand on patauge dans la gadoue médiatique, il est important de pouvoir maximiser les bonnes nouvelles : en septembre, Boeing a publié ses prévisions de marché d’ici 2040. Puisque les prévisions sont plutôt bonnes, la compagnie a séparé les présentations selon les marchés. Le 14 septembre, elle a présenté ses prévisions de marché pour la défense. Le 20 septembre c’était la présentation pour le marché européen. Puis le 23, c’était au tour des prévisions pour le marché chinois. C’est cette dernière présentation qui a retenu mon attention.

Le marché chinois

Boeing anticipe que les compagnies chinoises auront besoin de 8 700 nouveaux avions d’ici 2040. De ce nombre, 6 500 seront des monocouloirs et 1 850 des long-courriers. La valeur totale de ces commandes serait de 1 500 milliards de dollars. Voilà des chiffres qui impressionnent surtout si le géant américain obtient 40 % du marché. Pour les monocouloirs, cela représente 2 600 appareils en vingt ans soit 130 par année ou 11 par mois. À première vue, ce chiffre semble raisonnable et tout à fait réalisable. D’ailleurs, les marchés financiers ont réagi positivement aux deux prévisions de marché la semaine dernière. Mais derrière ces beaux chiffres se cache une réalité bien différente.

En fait, depuis 2015, Boeing a vendu un total de 319 avions en Chine, dont 234 monocouloirs et 85 long-courriers. Pour les monocouloirs, cela fait une moyenne annuelle de 39 soit une peu plus de trois par mois. Mais la dernière commande de B737 MAX remonte à 2016 et le fabricant n’a vendu que sept B737-800 en 2017. Depuis rien, Méiyǒu, même chose du côté des gros porteurs avec 24 commandes en 2017. Boeing n’est pas la seule à avoir des problèmes avec la Chine puisqu’Airbus est dans une situation similaire. Pourtant, cette dernière a une chaîne d’assemblage à Tianjin, mais cela ne semble pas peser dans la balance.

La politique

En Chine, toutes les décisions commerciales sont politisées, surtout celles qui impliquent l’industrie aéronautique. Le gouvernement chinois subventionne sans réserve COMAC afin que celle-ci développe ces propres avions. D’ailleurs, elle livrera son premier C-919 à China Eastern Airlines avant la fin de 2021. Cet avion est un concurrent direct de l’A320 et du B737MAX. 

Il est évident que le gouvernement chinois bloque les commandes d’Airbus et Boeing afin de favoriser le C-919. La libération de Meng Wanzhou ne changera pas grand-chose à la politique aérospatiale de la Chine. Pour qu’Airbus et Boeing décrochent de nouvelles commandes, il va falloir faire des concessions importantes. Mais même avec une entente, les deux géants occidentaux devront partager une partie importante du marché chinois avec COMAC. 

Le rêve

Je répète que c’est le choix de Boeing de séparer la présentation de ses prévisions selon les marchés. Dans son communiqué sur le marché chinois, il n’y a aucune référence sur l’absence de commandes depuis trois ans. Le différend commercial entre les États-Unis et la Chine n’est pas évoqué non plus. Bref, le communiqué présente de gros chiffres représentant un potentiel de vente important sans mise en contexte. Il me semble que l’absence de commandes depuis 2017 est une information importante et elle aurait dû faire l’objet d’une mise en garde dans le communiqué. Sinon, les investisseurs achètent des actions de Boeing sur un rêve que les commandes vont revenir comme avant. 

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