CAE : saisir les bonnes opportunités

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Avant de parler des résultats financiers de CAE précision que l’année fiscale de CAE début le premier avril. Le premier trimestre de l’année fiscale 2021 débute donc le 1er avril 2020 et lorsqu’il est question de la première moitié de l’année en cours, elle s’étend du premier avril 2020 au 30 septembre 2020. 

Un bon trimestre dans les circonstances

Il n’y a pas si longtemps encore, un recul du chiffre d’affaires de 10 % était considéré comme une situation grave. Mais la crise économique causée par la COVID-19 a changé les perspectives surtout en aviation et en aéronautique. Au premier trimestre de 2021, les revenus de CAE étaient de 550 M $. Cette somme représente une baisse de 33 % par rapport au trimestre correspondant en 2020. Les revenus du secteur de l’aviation commerciale ont chuté de 48 % à 248 M $. Ceux du secteur de la défense étaient de 280 M $ en baisse de 13 %. Enfin, le secteur de la santé a généré des ventes de 22 M $ soit une baisse de 19 %. 

La baisse de revenus dans le secteur de la défense s’explique par les retards et difficultés d’exécution liés à la COVID-19; les restrictions de voyages et les mesures de distanciation sociale ont ralenti les livraisons et la prise de commandes. Pour le secteur de la santé, la baisse de revenu est aussi liée à la COVID-19. CAE Santé offre des services aux établissements d’enseignement supérieur et aux écoles de soins infirmiers. Or, ces institutions ont fait l’objet de protocoles de fermeture. Finalement, ais-je besoin d’expliquer la baisse dans le secteur de l’aviation civile?

La perte de 111 M $ annoncée la semaine dernière nous paraît donc bien minime par rapport au reste de l’industrie. En fait, bien des compagnies aériennes seraient très heureuses d’afficher un recul de seulement 33%. Hé oui! Les temps ont bien changé. La compagnie devrait retrouver la rentabilité dans la deuxième moitié de l’année fiscale 2021.

Les mesures supplémentaires

Afin de faire face à la crise qui se prolonge, CAE a inscrit une réserve de 108 M $ pour un nouveau programme d’économies. La première conséquence de ce plan est la mise à pied définitive de 350 personnes dont 200 à Montréal. Tous les employés qui avaient été mis à pied temporairement sont revenus au travail ou sur le point de l’être. Pour l’instant les 350 mises à pieds annoncées sont les seules qui seront permanentes. Ce sont tous des employés cadres qui sont affectés et aucun syndiqué ne sera mis à pied avec ce programme. 

Le nouveau programme d’économies vise surtout à rationaliser les centres de formation et optimiser l’utilisation des simulateurs. Une bonne partie du budget prévu servira au déménagement de simulateurs. Aucun centre de formation ne fermera suite à cette réorganisation. Une fois complété, le programme va permettre des économies annuelles de 50 M $.

Les opportunités

Les compagnies aériennes sont très durement affectées par la COVID-19. Afin de générer des liquidités, elles ont eu recours à la vente d’actifs. Bien des grandes compagnies aériennes ont leur propre centre de formation des pilotes et agents de bord. Ces centres de formations comportent souvent plusieurs simulateurs de plusieurs types d’avions différents. À lui seul, un simulateur neuf vaut près de 25 M $ et c’est sans compter le bâtiment nécessaire à son utilisation. 

Le Président et chef de la direction de CAE, M. Marc Parent, confirme avoir des discussions avec plusieurs compagnies aériennes. Ces dernières souhaiteraient vendre leur centre de formation pour ensuite louer les services de formation. Évidemment, M. Parent n’a pas voulu donner le nom des compagnies aériennes en question. Tenant compte de la situation actuelle, la liste de compagnies aériennes qui discutent avec CAE doit être très longue. 

Mais les acheteurs potentiels de centres de formation sont plutôt rares. Les barrières à l’entrée sont donc nombreuses et les compagnies aériennes doivent pouvoir compter sur un partenaire fiable. CAE a donc le gros bout du bâton et peut se permettre d’être très sélective dans ses achats.

Les bonnes opportunités

La valeur d’un centre de formation ne se calcule pas seulement en nombre de simulateurs et de pilotes formés. Un des premiers critères à prendre en considération est la viabilité à long terme de la compagnie aérienne. C’est bien d’acheter, mais encore faut-il que le client soit encore là dans deux ou trois ans.

Les deux autres critères sont le ou les type d’appareils présents à un centre de formation et son emplacement. CAE possède environ 50 centres de formation sur la planète qu’elle tente de rationaliser. Ajouter des simulateurs de plus qui créent des dédoublements serait un mauvais investissement. Voici deux exemples pour illustrer mon propos* :

Le centre de formation de Southwest Airlines à Dallas compte 18 simulateurs. Mais ce sont presque tous des simulateurs de B737NG sauf quelques Max. CAE possède déjà un simulateur de MAX à son centre Dallas-Est. L’achat d’un aussi gros centre de formation dédié exclusivement au B737 n’est pas nécessairement un plus pour son réseau.

Le centre de formation de Delta Airlines est situé à Atlanta et sa flotte de simulateurs est beaucoup plus variée. CAE n’a aucun centre de formation à Atlanta alors que cette ville est stratégiquement bien située; l’aéroport de Hartfield-Jackson est à moins de deux heures de vol d’environ 80 % de la population américaine. L’acquisition de ce centre permettrait à CAE d’offrir des services de formation sur tout le marché est américain. De plus la flotte de simulateurs représente bien la variété d’avions de lignes actuellement en service. S’il était à vendre, le centre de formation de Delta Airlines aurait une très bonne valeur comparée aux autres. 

Les finances

En affaires, il est reconnu que le nerf de la guerre c’est l’argent. Dans le cas de CAE, l’entreprise était en excellente santé financière avant le début de la pandémie.  À la fin de l’année fiscale 2020, elle avait réalisé des ventes de 3,6 G $. La marge brute était alors de 1,1 G $ et le profit net s’élevait à 319 M $. À la fin du premier trimestre de 2021, sa dette s’élevait à 2,4 G $.

La semaine dernière, j’ai demandé à M. Parent si le financement était un problème pour CAE. Je m’intéressai plus particulièrement à l’accès aux facilités de crédit. Sur ce point, il a affirmé qu’il y avait plusieurs prêteurs à la recherche d’entreprises avec de bonnes finances. 

De manière générale, les gouvernements et les banques centrales de la planète sont intervenues massivement afin faciliter l’accès aux capitaux. Bien que nous soyons dans une importante crise financière, l’accès aux capitaux est relativement facile. CAE est donc dans une excellente situation afin de faire ses prochaines acquisitions. Le numéro un mondial de la formation de pilotes va encore grossir.  *Je n’ai aucune information sur les compagnies aériennes qui discutent avec CAE en ce moment. Les compagnies citées le sont à titre d’exemples représentatifs uniquement.

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