L’industrie du transport aérien est en crise

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De tous les secteurs d’activité économique, le transport aérien est celui qui est le plus durement touché par la COVID-19. Si au début ce sont les compagnies aériennes asiatiques qui ont été assommées, les continents américain et européen sont maintenant touchés. Dans une série de textes, je me suis penché sur les effets de cette crise. Vous pouvez également visionner le l’Aéropod hors-série à ce sujet ou encore télécharger le podcast

Première partie, état de la situation dans le Transport aérien

Le transport aérien en crise
A380 Emirates

Les annonces des derniers jours

Les annonces de réduction de service se sont multipliées ces trois derniers jours. Air Canada, American Airlines, Delta Airlines, Emirates Airways, Lufthansa Group, KLM et Norwegian ont toutes procédé à des ajustements significatifs.

Certains éléments contenus dans ces annonces nous donnent des indications sur l’ampleur de la crise qui débute : le Président et Chef de la Direction de Delta Airlines, M. Ed Bastian, mentionne que les réservations ont baissé de la moitié, et que les annulations sont maintenant supérieures aux réservations. Autrement dit, à chaque jour qui passe Delta a moins de billets vendus que la veille. Cette situation n’est certainement pas unique à cette compagnie.

Pour ce qui est de Lufthansa Group, elle prévoie maintenant réduire sa capacité de 50%. Mais la réduction pourrait atteindre 70% dans les prochaines semaines. Voilà donc une indication évidente de l’ampleur du phénomène en Europe.

De son côté, American Airlines, réduit sa capacité sur les vols transatlantiques de 50% pour le mois d’avril. La réduction des vols transatlantiques sera de 34% pour la saison estivale qui est normalement une période de pointe. La compagnie a donc conclu que la demande ne reviendra pas à la normale avant la fin septembre. Voilà qui en dit long sur les effets à long terme de la crise actuelle. 

Le pire scénario est à l’étude

Mais toutes les annonces citées plus haut ne seraient rien en comparaison d’un arrêt des vols intérieurs aux États-Unis. Or selon le site The Air Current, le gouvernement américain serait à évaluer une forme de restriction partielle ou complète des vols intérieurs sur le territoire des États-Unis. 

De toute manière, si le gouvernement ne fait rien les syndicats des pilotes et agents de bord pourraient agir. Le personnel navigant et les agents de bord en particulier sont en contact direct avec le public. À partir du moment où COVID-19 se propage dans la population américaine, ils sont très exposés. Les syndicats pourraient recommander à leurs membres d’exercer leur droit de refus.

Il semble donc que l’on se dirige vers un ralentissement majeur de l’industrie de transport aérien aux États-Unis. Tout indique que le ralentissement ou l’arrêt sera d’au moins 14 jours soit quatre fois plus long qu’en septembre 2001.

L'Industrie du transport aérien est en crise
Avions cloués au sol le 11 septembre 2001

Une crise qui durera

Il est illusoire de penser que la crise qui affecte le transport aérien ne durera que quelques semaines ou mois. D’abord parce que l’ampleur de la baisse d’achalandage à court terme engendre des déficits énormes pour les compagnies aériennes. Les restrictions pour les passagers entrant aux États-Unis viennent à peine d’être annoncées et devraient durer au minimum 30 jours. Une fois l’interdiction levée, il serait surprenant que les passagers se bousculent aux portillons.

Toutes les compagnies aériennes grandes et petites seront sévèrement affectées par la crise. Si au début les compagnies en excellente santé financière vont sembler mieux s’en tirer, la sévérité de la crise les rattrapera. 

Par comparaison, les attentats du 11 septembre 2001 était un évènement d’une durée très limité. La frayeur qu’ils avaient engendrée a durée des mois voir presqu’une année complète. Dans le cas de la COVID-19, l’événement est étalée sur une plus longue période de temps. De plus, même après avoir été contrôlée aux États-Unis la maladie va continuer de se propagée ailleurs dans le monde. Convid-19 continuera donc d’alimenter la frayeur des passagers en sol américain durant plusieurs mois. 

La bataille pour la survie aux États-Unis

Le transport aérien en crise
Spirit Airlines A319

L’absence de revenus va asphyxier les compagnies aériennes qui entrerons en mode survie. On risque fort d’assister à des luttes sans pitié afin de mettre la main sur les quelques miettes de revenus encore disponibles.

Au cours des 20 dernières années, les transporteurs à rabais ont livrés une chaude concurrence aux compagnies traditionnelles. Mais ces dernières ont réussi à s’ajuster et à être plus compétitives. Le principal avantage concurrentiel des grandes compagnies aériennes était l’interconnexion entre les vols intérieurs et internationaux. Aux États-Unis, la fermeture des marchés transatlantique et trans-pacifique vient de priver les trois géants de cet avantage. 

American, Delta et United se retrouvent dans une confrontation directe avec JetBlue, Southwest et Spirit. C’est une bataille sanglante et sans merci qui s’annonce où le sauve qui peut sera la règle numéro un. En ce moment, rien ne garantit que la demande reviendra à ce qu’elle était avant. Après une aussi longue période d’interdiction, la clientèle affaires pourrait avoir adopté de nouvelles habitudes.

L’Europe

Les vols transatlantiques sont la vache à lait des trois grandes compagnies européennes. Air France-KLM, IAG (British Airways) et Lufthansa Group sont frappées de plein fouet par les restrictions américaines. Pour l’instant, IAG s’en sort mieux, mais ce n’est qu’une question de quelques jours avant que les restrictions américaines ne la visent aussi. 

En Europe, toutes les compagnies nationales ont été privatisées sauf Alitalia qui est déjà en faillite. La volonté de maintenir des transporteurs nationaux va se mesurer aux forces de la privatisation dans bien des pays. Déjà la France envisage d’augmenter sa participation aux capital d’Air France. À cela il faut ajouter qu’il y aura fort probablement une récession en Europe comme partout ailleurs. 

Le Canada.

Le transport aérien en crise
Montréal-Trudeau en hiver

Air Canada, Porter, WestJet et Sunwing seront durement affectés par la crise du transport aérien. La transaction entre Air Canada et Transat A.T. devrait avoir lieu malgré la crise. De toutes manières les pénalités sont tellement élevées que c’est encore mieux pour Air Canada de procéder. 

Ici aussi, la volonté du gouvernement de maintenir les compagnies privées sera mise à rude épreuve. La forte présence d’Air Canada dans l’Est, jumelée à la forte présence de WestJet dans l’Ouest crée une obligation envers les deux compagnies. Les conservateurs pourraient bien changer leur fusil d’épaule et ne plus s’opposer à une intervention du gouvernement canadien. 

Dans les prochains textes, on parle des effets de la crise sur Airbus et Boeing.

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13 réflexions sur “L’industrie du transport aérien est en crise

  • mars 15, 2020 à 5:50 am
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    Il ne faudra pas oublier les agences de voyages, les hotels, etc . Le secteur aérien et du tourisme ce n’est que le début, la restauration, les pme, et bien d’autres secteurs suivront. La crise économique qui s’en vient sera plus dommageable que le virus…

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    • mars 15, 2020 à 10:52 am
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      C’est pas juste le transport aérien mais tous le monde ! Le nombre de faillite va etre assez hallucinant. Meme si le gouvernement dis que le chômage va etre payer le probleme c’est si on se ramasse avec 50% de la population qui travail pas les caisses vont se vider assez vite.Au Quebec seulement,on est plus de 4 millions a travailler et le salaire moyen est de environ $40 000 par année.disons que 50% de la population qui travail pas (et ca risque de resembler a l’Italie dans pas long) 2 millions de personnes x$400/semaine (en moyenne) ca donne comme 800 millions par semaine a sortir des caisses juste pour le monde du Quebec ! Ils restent toutes les autres provinces a rajouter a ca.Plus les autres dépenses du gouvernement; les pensions, allocations familliales etc etc . Et pas asser de revenues aux gouvernements pour renflouer ses caisses. Et ca va pas tout fermer pendant seulement 2 semaines plus comme 3 mois. Pendant ce temps la, les retraits directs (donc impossible de payer en retard meme un peu) pour tous nos divers factures (hypotheques voitures,assurances etc) vont continuer a passer et pour le 3/4 du monde le montant du chômage ne suffira pas. Le monde qui vis de paye en paye est tres nombreux et sans argent mis de coté pour les périodes difficiles. Ca va pas etre beau dans pas long.

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      • mars 15, 2020 à 11:01 am
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        Je tient à préciser que je suis tout à fait d’accord pour dire que tous les autres secteurs de l’économie seront affectés. Mais j’ai volontairement restreint mon analyse à mon secteur d’expertise. Sinon je serais encore à fouiller et à écrire.

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      • mars 15, 2020 à 2:00 pm
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        Il ne fait nul doute que la situation va avoir des impacts immenses. Le premier touché sera les avions, l’aviation va en sens contraire de l’isolement qui semble être la seule issue à la contamination.

        Cela dit, un des effets, c’est que ces impacts viennent atténuer ceux que devra dédommager Boing avec son cercueil volant. Dans ce contexte où les avions en état de voler ne volent plus, ceux qui sont à terre parcequ’ils sont mal conçus deviennent moins indispensables. En tout cas, soyez certains que c’est une chose que Boing va invoquer pour diminuer la compensation due à ses clients.

        Pour ce qui est d’AirBus, les commandes vont se faire plus rares que des annulations, une compagnie en faillite ne commande pas grand chose. Ça va leur laisser le temps d’organiser la production pour finir les A380 qui restent en commande et de crinquer la production des A321, c’est un gros changement pour eux. Pour ce qui est des Cseries de Mirabel, Delta ont annoncé qu’ils ne prennent plus d’avions neufs pour protéger leurs liquidités. Considérant que plusieurs sont sur la ligne d’assemblage, quelques uns sont mêmes sur le tarmac, je me demande ce que prévoient les contrats à ce sujet.

        Bref, on est dans un tsunami qui va laisser le secteur aérien fort différent de celui qu’on connait en ce moment.

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        • mars 15, 2020 à 2:14 pm
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          Tsunami est le terme exacte. Il y a encore une semaine j’anticipais une crise mais pas un tsunami.
          Pour l’A380, Emirates a décidé de repousser la livraison des 8 derniers appareils, Ca pause un sérieux dilemme à Airbus car rien ne peut garantir qu’Emirates va prendre les 8 derniers appareils un jour.

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    • mars 15, 2020 à 11:26 am
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      Ils vont etre autoriser a voler pendant combien de temps encore ? Les autorités américaines pensent a restreindre les vols interieurs. Est que les Gulfstream, Textron , Bombardier et meme Boeing et Airbus et les autres devront fermer leur usines ? Il y a pas mal plus que 250 personnes la dedans et c’est vraiment pas des services essentiels ca.

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