Québec torpille l’AQTA

Pour partager cette publication :

La semaine dernière, Québec a annoncé que c’est la compagnie ontarienne Toronto Air Charter Service qui avait obtenu le contrat d’administration de la liste des transporteurs aériens accrédités pour les déplacements gouvernementaux au Québec. En 2007, ce contrat avait été accordé à l’Association québécoise du transport aérien afin de lui venir en aide. L’AQTA avait alors mis sur pied Aéronolisement. Au siège social à Québec, au moins trois personnes y travaillaient à temps plein et deux autres à temps partiel.

Sous le prétexte d’une saine administration publique, Québec a décidé d’aller en appel d’offres. Résultat, la firme ontarienne était 5% moins dispendieuse et a remporté le mandat du Québec. Pour économiser 20 000 $ par année, Québec envoie l’équivalent de 4 personnes en chômage. Au final, le gouvernement va perdre plus en revenus d’impôts et autres cotisations que ce qu’il a économisé en frais d’administration. C’est une démonstration parfaite de l’illogisme de la règle du plus bas soumissionnaire. 

Le président de l’AQTA, M. Jean-Marc Dufourt, est très déçu de la décision de Québec. C’est un dur coup pour l’association qui perd une partie importante de ses revenus. Durant la pandémie, les nouvelles contraintes ont rendu le service déficitaire. Mais l’organisme a maintenu son niveau de service à la demande de Québec. La perte de ce contrat est donc encore plus pénible pour son association.

Les transporteurs aériens inquiets

Lors d’un appel téléphonique, le président-directeur général d’Air Inuit, M. Christian Busch, s’est dit préoccupé par cette décision. Au fil des années, Aéronolisement avait développé une expertise propre du territoire nordique. L’organisation a une bonne connaissance des pistes et de leurs particularités. Lors d’événements particuliers, il faut être en mesure de déployer rapidement des policiers de la SQ ou encore une équipe du BEI. Afin de pouvoir réagir rapidement, il est important de bien comprendre les exigences spécifiques de ces situations. 

Le nouveau contractant devra également coordonner les demandes avec Transplant Québec : lorsqu’un donneur décède, il faut coordonner jusqu’à trois équipes afin de faire les prélèvements dans un court laps de temps. La marge de manœuvre est très mince et il n’y a pas de place à l’erreur.

De plus, les compagnies aériennes se sentaient en sécurité avec Aéronolisement. En effet, c’est un OBNL qui n’a pas d’autres intérêts avec d’autres entreprises privées. Pour sa part, Toronto Air Charter est également un courtier en nolisement; les transporteurs québécois devront lui fournir des informations confidentielles comme le prix qu’ils chargent au gouvernement québécois. Ils craignent de remettre ces informations stratégiques à une compagnie privée qui pourrait l’utiliser contre eux. 

Le français

L’appel d’offres mentionnait très bien que les services doivent être disponibles en français. Pourtant, il n’y avait personne pour répondre en français aux questions du Journal de Montréal la semaine dernière; lorsqu’une compagnie soumissionne pour un contrat de construction, elle doit posséder tous les permis et expertises nécessaires au moment de remplir le formulaire. Pourquoi avoir accepté la proposition d’une entreprise qui n’a pas d’employés francophones alors que le service en français doit être disponible 24 heures par jour et 365 jours par année ? À mon avis, ce simple fait pourrait justifier l’annulation de la proposition.

Une décision lourde de conséquences

Québec a décidé de traiter les OBNL comme des entreprises privées lors des appels d’offres. Dans le cas qui nous concerne, il retire le mandat à une association québécoise pour le confier à une compagnie privée ontarienne. L’absence de critères qualitatifs dans le processus d’appel d’offres est responsable de cette situation. 

Pour Aéronolisement, ce contrat était se raison d’être. Pour le nouveau gestionnaire, c’est un revenu d’appoint parmi tant d’autres. J’ai bien hâte de voir comment les choses vont se dérouler, quand le téléphone va sonner un samedi soir à 20 h 00 : « Ya ya! We do speak French, but not tonight! » Afin de faire des économies douteuses, Québec met en péril une association et la qualité du service. Est-ce que cela en valait la peine?

>>> Suivez-nous sur Facebook et Twitter

Laisser un commentaire

Votre adresse courriel ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *