Serait-ce la fin de De Havilland en Ontario

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C’est en 1928 que la compagnie britannique De Havilland a fondé sa filiale canadienne à Downsview. L’aéroport est situé à plus de 10 km du centre-ville de Toronto et en plein champ à cette époque. De Havilland Canada y produit sous licence le Fox Moth utilisé pour l’entraînement des pilotes de l’aviation canadienne. 

Les avions

Durant la Deuxième Guerre mondiale, l’usine est nationalisée et elle continue de produire des Fox Month. Elle produira également 1134 Mosquito pour soutenir l’effort de guerre. 

Après la guerre, De Havilland Canada connaît du succès avec certains modèles d’avions civils. Le DHC-2 Beaver sera vendu à plus de 1 700 exemplaires et a été un avion de brousse remarquable. Une version plus grosse sera développée, le DHC-3 Otter. Par la suite, l’avionnerie se développe une série d’avions très performants sur piste. Le DHC-4 Caribou, le DHC-5 Buffalo, le DHC-6 Twin Otter.

C’est avec le DHC-7 ou Dash-7 que la spécialité avion à décollage et atterrissage courts se concrétise au début des années 70. Le Dash 7 est un quadrimoteur de transport régional pouvant transporter 50 passagers. Il pouvait se contenter d’une piste de 3 000 pieds pour décoller. Mais les chocs pétroliers de 1973 et 1979 font exploser son coût d’opération. 

Le bimoteur Dash 8 effectuera son premier vol en 1983 et connaît du succès comme avion de transport régional. Tout près de 1 300 appareils ont été produits à l’atelier de Downsview. 

Les propriétaires

De sa création jusqu’au début de la Deuxième guerre mondiale De Havilland Canada est la propriété de sa maison mère. Puis le gouvernement canadien en sera propriétaire jusqu’en 1986. Cette année-là, le gouvernement de Brian Mulroney vend Canadair à Bombardier et De Havilland à Boeing. 

C’est dans le but de décrocher une importante commande d’Air Canada, c’était alors une société de la couronne, que Boeing avait acheté l’usine. La compagnie américaine s’était engagée à maintenir la production telle quelle. Mais 1988, Boeing entamera sa vengeance immédiatement après avoir perdu la commande d’Air Canada aux mains d’Airbus. Les lignes d’assemblage du Twin-Otter et du Dash 7 sont arrêtées puis démantelées. Boeing met alors en vente De Havilland Canada. 

En 1992, c’est Bombardier qui reprend alors l’usine au bord du gouffre. Bien que ce soit Boeing qui a mit De Havilland Canada en faillite, c’est à Bombardier que les médias canadiens s’en prennent à cause du soutien financier nécessaire à la relance. 27 ans plus tard, Bombardier cède à Longview Aviation Capital la partie De Havilland des installations torontoise. La vente comprend également toutes les licences de fabrication de cet avionneur. 

La situation actuelle

Avant la pandémie, les ventes du Dash8 avaient considérablement ralenti à moins de 25 par années. La COVID-19 a forcé l’arrêt de la production l’an dernier et les perspectives de ventes sont minces. 

Les employés syndiqués sont en grève depuis le 27 juillet dernier. La question de l’organisation du travail et du coût de production est au cœur du conflit. Les deux parties ne se parlent plus et l’employeur semble peu enclin à faire la moindre concession. Ce qui surprend le plus, c’est l’absence d’engagement des candidats aux élections fédérales. Il me semble que plus de 1 000 emplois de qualité et une entreprise historique devraient susciter de l’intérêt de la part des politiciens. Mais hélas, au cours de cette campagne électorale, le sort de De Havilland Canada et du Dash 8 n’a fait l’objet d’aucun débat. 

Est-ce qu’après 95 ans de présence à Toronto, l’usine fermera l’an prochain dans la plus grande indifférence ? Et l’industrie aérospatiale ontarienne, comment survivra telle avec un programme d’avions en moins ? 

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One thought on “Serait-ce la fin de De Havilland en Ontario

  • septembre 20, 2021 à 10:11 am
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    Très bonne description de l’historique!

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