C Séries, Airbus aura des coudées franches pour un an

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La nouvelle du jour dans le monde de l’aérospatiale est la signature d’un protocole d’entente entre Boeing et Embraer portant sur la division des avions commerciaux d’Embraer.

 

Selon le protocole d’entente, Boeing prendrait une participation de 80% pour une somme de 3,8 G$ US dans la nouvelle entité qui fabriquerait l’E-Jet et sa version remotorisée l’E2. Il est aussi prévu que les deux parties formeront une autre entité corporative afin de faire la promotion et la vente des produits de la division militaire d’Embraer. Il faut se rappeler qu’un protocole d’entente, memorandum of understanding (MOU) en anglais, n’est pas contraignant pour les deux parties et ne comporte aucune obligation de résultat.

 

Boeing et Embraer se retrouvent dans la même situation où se trouvaient Airbus et Bombardier au mois d’octobre 2017; c’est-à-dire que les grandes lignes de l’entente sont tracées et on sait maintenant quel genre d’entente vise les deux partenaires. Cela implique aussi que Boeing ne peut pas commencer à vendre les avions commerciaux d’Embraer tant et aussi longtemps que l’entente n’est pas complétée et approuvée par les autorités règlementaires.

 

Les deux parties se donnent 18 mois pour en venir à une entente finale alors qu’Airbus et Bombardier s’étaient donné 14 mois. Mais la différence dans le cas du C Series est que l’entité administrative, la société en commandite C Series, avait déjà été créée le 1er juillet 2016 suite à l’entente avec le gouvernement du Québec. Ce qui veut dire que son fonctionnement était déjà établi et que les services devant lui être facturés étaient connus. C’est pour cette raison qu’il n’a fallu que 8 mois à Airbus et Bombardier avant de conclure la transaction. Dans le cas des avions commerciaux d’Embraer; une fois l’entente finalisé, il faut d’abord mettre sur pied la nouvelle entreprise, voir quels sont les services qui lui seront fournis par Embraer et Boeing. Le diable est dans les détails dit-on et cela pourrait être très long avant de réussir à tout attacher.

 

Quand Airbus et Bombardier ont annoncé avoir signé un protocole d’entente, les gouvernements canadien et québécois se sont empressés de l’approuver, donnant aux deux partenaires toute la latitude pour mener à bien les négociations. Dans le cas de l’entente entre Boeing et Embraer, le gouvernement brésilien possède un droit de veto sur toute entente de vente partielle ou totale des activités d’Embraer. Le gouvernement brésilien a déjà signifié son refus de céder la division militaire d’Embraer à Boeing forçant les deux parties à trouver une solution différente. Puisqu’il y aura des élections générales au mois d’octobre au Brésil, les candidats d’opposition ne manqueront certainement pas leur occasion de démoniser l’entente. Bref, il suffit d’un slogan anti-Boeing populaire pour que la situation se retourne contre l’entente.

 

Pendant ce temps, Airbus a le plein contrôle du C Series et elle a les coudées franches pour l’offrir aux compagnies aériennes. Il est dans son intérêt de signer le plus grand nombre possible de commandes quitte à offrir des escomptes substantiels afin d’inciter les acheteurs à devancer leurs achats. Toutes les ventes de C Series que décrochera Airbus avant la conclusion du partenariat entre Boeing et Embraer sont des clients potentiels perdus pour l’E2 pour les 20 prochaines années.

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12 avis sur “C Séries, Airbus aura des coudées franches pour un an

  • juillet 5, 2018 à 2:36 pm
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    Voilà une analyse éclairante. Merci André.

    C’est maintenant qu’on va pouvoir évaluer la véritable efficacité de cet effet de levier que peut apporter Airbus à la C Series
    (ou aux A-200 et qqc, etonsentfouunpeurapportquequ’onsaitquec’estnousautresquil’aconçuecertifiéedéveloppémiseenmarchéetvendueàSwissKoreenAirBalticDelta,etc…:-)

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    • juillet 5, 2018 à 2:43 pm
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      Exact, c’est maintenant à Airbus de faire ses preuves.

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  • juillet 5, 2018 à 3:36 pm
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    Bonne mise au point, qui permet de voir qu’Airbus avec ces deux « oiseaux québécois » va pouvoir prendre une très grande longueur d’avance,avant que Boeing et Embraer signe officiellement leur entente final. Les employés de Mirabel vont pouvoir dormir sur leurs deux oreilles pour un bon bout de temps encore.

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  • juillet 5, 2018 à 4:39 pm
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    J’espère sincèrement que Airbus est capable d’optimiser la ligne de production finale et le fera dans un bref délais, parce qu’avec 3 avions livré par mois sur un programme de cet âge ça regarde très mal, ça sent l’improvisation et l’amateurisme et ce n’est certainement pas cette cadence qui fera peur a quelqu’un.

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  • juillet 6, 2018 à 12:50 am
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    Très bonne analyse. Concernant les CRJ de Bombardier, les vendeurs de ces derniers devront dans 18 mois affrontés la force de frappe de Boeing avec ses E175 et E2 175. Comment Airbus réagira lorsque Boeing essaiera de passer des E175 à un client de longue date Airbus. J’espère une certaine alliance.
    Donc certains clients attendront ils que l’entente soit signer entre Boeing-Embraer avant de ce décider au risque de perdre des places de livraison. Airbus a l’avantage de contrôler l’avion qui a 37 exemplaires en opérations depuis 24 mois alors que Boeing ne contrôle rien avant 12 mois d’un avion qui a 2 exemplaires en opération depuis 2 mois.

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  • juillet 6, 2018 à 8:00 am
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    3,8 G$ US pour 80% de Embraer c’est pas beaucoup.

    Bombardier et Québec auront beaucoup plus quand Airbus voudra acheter les actions restantes de la CSeries.

    Évidemment Airbus voudra les acheter au plus tôt avant que leur valeur s’envole.

    Je vous l’aurai dit ! 🤑🤑🤑

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  • juillet 6, 2018 à 8:07 am
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    …et évidemment Bombardier aurait avantage à racheter les actions de Québec au plus sacrant !

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  • juillet 7, 2018 à 11:54 pm
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    Oui, idéalement sa devrait être Bombardier qui rachète la part d’Investissement Québec, ce qui donnerait 49,9% a l’avionneur Québécois. Airbus ne sera pas évincer et demeurera actionnaire majoritaire, mais Bombardier aurait un pouvoir de négociation beaucoup plus grand pour la suite des choses. Advenant comme il est prévu une deal entre Boeing/Embraer qui pourrait causer quelques pépins aux ventes de bombardier a long terme par apport aux prix de vente et l’aide au financement que pourrait avoir besoin certains transporteurs pour acheter du boeing/embraer au lieu que du bombardier. Une plus grande intégration a Airbus pourrait être nécessaire pour faire face au duo Boeing/Embraer. Boeing lâchera pas le morceau facilement comme on dit, maintenant qu’Airbus a mis le 01 juillet 2018 les c series dans son porfolio tout en ayant bombardier comme associé minoritaire. Présentement c’est 1 a 0 en faveur d’Airbus sur son éternel concurrent Boeing….. Bombardier pourrait avoir besoin de solliciter l’aide du réseau de vente d’Airbus. Son 49,9% lui donnerait une meilleur marge de manoeuvre pour négocier avec Airbus. Enfin pour l’instant ce n’est qu’une hypothèse. Và falloir attendre ce probable entente prévu fin 2019 entre Boeing et Embraer.

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