Le prix du Jet A remonte à son niveau de 2019

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Après une année 2020 plutôt difficile, le cours du pétrole est revenu au même niveau qu’en 2019. Le prix du Jet A, qui est utilisé par les avions commerciaux, est inlassablement lié à celui du pétrole. Comment cela affecte-t-il les compagnies aériennes?

Un bref historique

Selon les données de l’IATA, le prix actuel du Jet A est de 79,58 USD le baril. C’est nettement en dessous du sommet de l’automne 2018; à cette époque, le baril de carburant pour l’aviation se vendait près de 97 USD. Bien que cette remontée soit néfaste pour les compagnies aériennes, ce n’est pas encore la catastrophe. 

En 2018, les charges pour le carburant avaient coûté à Air Canada 4,5 G$. Cette somme représentait un peu plus de 27 % de ses charges d’exploitation qui s’élevaient à 16,5 G$. La compagnie avait réalisé un bénéfice de 1,5 G$. L’année suivante, le carburant était redescendu à des prix similaires à ceux que nous connaissons maintenant. En 2019. Air Canada avait augmenté ses revenus et ses dépenses de Jet A s’établissaient à 4,3 G$. La proportion de cette dépense avait diminué à 25 % par rapport aux coûts d’exploitations qui étaient de 17,5 G$. La compagnie avait également fait un bénéfice d’exploitation de 1,6 G$ cette année-là.

Chez Transat A.T., l’exercice financier se termine juste au début de l’automne; c’est donc lors de l’année d’imposition 2019 que les impacts négatifs ont atteint un sommet. En 2019, Transat A.T. a payé 518 M$ pour le carburant alors que ses charges d’exploitation étaient de 3 G$. Cela représente donc 17 % de ses dépenses : cette proportion nettement plus faible par rapport à Air Canada s’explique par le fait que Transat A.T. est d’abord un voyagiste; ainsi les forfaits avec un séjour à l’hôtel représentent donc une plus grande proportion de ses revenus. En 2018, le Jet A lui avait coûté 498 M$ et 358 M$ en 2017 pour des dépenses totales similaires.  

Le renouvellement de la flotte

Lors de la dernière hausse du Jet A, Air Transat exploitait encore des A310 et des B737-800NG. Le remplacement des A310 par des A321LR permet des économies de carburant de l’ordre de 40 %. La présence d’une dizaine d’A321LR tout neufs vient donc réduire l’impact de la hausse.

Du côté d’Air Canada, en 2019, elle avait des A319, A320 et des B767 dont la moyenne d’âge excédait 20 ans. Le remplacement des monocouloirs par des A220-300 et des MAX 8 arrive donc au bon moment. 

Le taux de change

Air Canada et Transat A.T. doivent payer plusieurs dépenses importantes en dollars américains : le carburant, les services au sol ainsi que les forfaits hôteliers. Or le taux de change du dollar canadien suit une courbe similaire au baril de pétrole. Pour les compagnies aériennes canadiennes, cela veut dire que le taux de change vient amoindrir l’impact de la hausse. Mais attention, une hausse de 10 % du pétrole ne se traduit pas par une amélioration semblable du pouvoir d’achat. De plus, le taux de change réagit souvent avec un retard d’un trimestre ou deux. Les données peuvent donc être temporairement faussées. 

Les effets sur l’industrie

Au plus fort de la crise, les compagnies aériennes ont envoyé à la retraite les plus vieux avions. On parle surtout des vieux coucous qui avaient plus de 20 ans. Pour leur part, une partie des appareils dont l’âge se situait entre 10 et 20 ans ont été remisés à long terme. Si le baril de pétrole se maintient dans une fourchette entre 75 $ et 100 $, les avions qui avaient plus de 15 ans au moment du remisage devraient y rester. Ce serait une excellente nouvelle pour les fabricants qui devrait alors répondre à la demande d’avions neufs. 

Les motoristes sont certainement ceux qui profiteraient le plus d’une hausse à long terme; ils ont dépensé des dizaines de milliards pour de nouvelles gammes de moteurs plus économiques. Ces nouveaux moteurs sont en service depuis quelques années et ils arrivent à maturité; ils sont maintenant plus fiables et encore plus économes et donc plus attrayants pour les compagnies aériennes. 

La tendance 

Si vous avez une méthode scientifique permettant de prédire avec exactitude l’évolution du cours du pétrole : Vendez-là! Vous allez faire beaucoup d’argent. En fait ce que je veux dire, c’est qu’il est toujours hasardeux de prédire comment le prix de l’or noir va évoluer. 

Mais il y a une certaine tendance qui se développe depuis 10 ans : chaque fois que le baril monte au-delà de 75 $, les ressources plus difficilement accessibles deviennent rentables; l’extraction de pétrole bénéficie elle aussi des avancées technologiques et de plus en plus de ressources sont accessibles. De plus, des prix élevés favorisent le développement de la filière des carburants durables en aviation. À mon humble avis, il serait fort surprenant que le baril de pétrole dépasse les 100 USD et surtout qu’il y reste.Ce qui est certain, c’est qu’à court terme, les restrictions de voyages sont encore le plus gros problème auquel elles font face. 

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