MHI ralentit le développement du SpaceJet

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Mitsubishi Heavy industries (MHI) a publié ses résultats trimestriels hier. Le géant japonais n’échappe pas aux conséquences de la crise sanitaire planétaire. Afin de réduire ses dépenses, la compagnie a annoncé qu’elle réduisait de moitié le budget du SpaceJet. De plus le développement du M100 est suspendu pour une période de temps indéfinie. 

L’histoire

C’est en mars 2008 que MHI a procédé au lancement officiel du programme Mitsubishi regional jet (MRJ). L’entrée en service du MRJ était prévue pour 2013. Mitsubishi a confirmé la configuration finale du MRJ au milieu de 2010. Deux variantes seraient alors développées, le MRJ-90 pouvant transporter 90 passagers et le MRJ-70 d’une capacité de 70 passagers. 

MHI s’était montré très audacieuse dans ses choix technologiques afin de faire du MRJ un avion à la fine pointe. À ses débuts, le MRJ faisait largement appel aux matériaux composites, une avionique de pointe entre autres. Mais le fabricant s’est ravisé et il s’est tourné vers l’aluminium pour la fabrication des ailes et du caisson d’ailes. Ce premier changement important est responsable du premier retard de six mois. Notez également que le MRJ était le client de lancement de la gamme de moteurs PWG de Pratt & Whitney. 

Hélas, on ne devient pas un fabricant d’avion en claquant des doigts et MHI l’a appris à ses dépends. Le manque d’expérience de MHI dans la conception d’avions a

considérablement compliqué le développement et la certification du MRJ. Les retards se sont multiplié au point où l’entrée en service n’aura pas lieu avant la fin 2021.

Mais il y a une chose que l’on ne peut pas reprocher à Mitsubishi; c’est son approche minutieuse et son souci de la sécurité. À aucun moment, MHI n’a songé à couper les coins ronds afin d’accélérer la certification du MRJ. 

Changement de cap

Au mois de juin 2019, MHI a procédé à des changements importants à son programme d’avions régionaux : à quelques jours du Salon aéronautique du Bourget, le programme MRJ est rebaptisé SpaceJet. La compagnie maintient le développement du MRJ-90 qui devient alors le Spacejet M90. Pour sa part, le MRJ-70 passe à la trappe et est remplacé par le M100.

Les nombreux retards du programme avaient rendu cette refonte nécessaire. MHI en a profité pour corriger un des défauts le plus important du MRJ-70; il était mal adapté aux besoins du marché américain qui représente 70 % du marché des avions régionaux. 

Puis le 24 juin 2019, MHI a annoncé qu’elle achetait le programme d’avions régionaux CRJ de Bombardier. Cette acquisition permettait à la compagnie japonaise de mettre la main sur un réseau de service à la clientèle bien développé. Il y a aussi toute l’expertise en matière d’avions régionaux de l’équipe du CRJ qui constitue un atout important pour MHI.

La suite

Peu importe quels étaient les plans de MHI pour le SpaceJet et le CRJ, la COVID-19 les a bouleversés. Avec la COVID-19, les dirigeants des grandes entreprises sont incapables de prédire plus de six mois à l’avance. Mitsubishi doit donc prendre tous les moyens afin de préserver ses liquidités. La décision de réduire le budget du programme SpaceJet est la bonne. 

Il faudra sans doute une autre année avant qu’une véritable reprise ne s’amorce dans le transport aérien. D’ici là, beaucoup d’eau coulera sous les ponts et les besoins des compagnies aériennes vont évoluer. Continuer le développement du M100 risquait de le mettre en porte-à-faux avec les besoins de l’industrie. Mettre le M100 sur pause permet d’éviter de prendre le mauvais chemin une fois de plus. Mitsubishi doit attendre que la poussière retombe avant de reprendre le développement du M100. 

La décision de MHI d’aller de l’avant avec l’acquisition du CRJ indique qu’elle souhaite toujours s’aventurer sur le marché des avions régionaux. Mais Mitsubishi n’a toujours pas eu l’occasion de vraiment travailler avec l’équipe du CRJ. L’équipe de direction a probablement trouvé une manière de faire sa propre évaluation; MHI a avisé l’équipe du CRJ qu’elle devra entre autres fournir du support à la certification du M90. 

Il est évident que cette demande est un premier test pour l’équipe du CRJ; dans un premier temps, elle devra trouver le moyen de se faire accepter par l’équipe du Spacejet. Puis il faudra l’aider à compléter la certification du M90 avec un budget restreint. Ce n’est pas une mince tâche qui l’attend, mais les 24 prochains mois détermineront l’avenir l’équipe du CRJ.

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27 réflexions sur “MHI ralentit le développement du SpaceJet

  • mai 13, 2020 à 11:55 am
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    J’ai écrit quelque chose à ce sujet, en relation avec l’E175-E2. Le lien est à la fin de ce commentaire.

    En gros, avec la pause du développement du SpaJet M100, E175-E2 devient le seul avion de 76 places de la nouvelle génération en production entre 2021 et l’entrée en service du M100.
    Ce qui est encore plus intéressant est le fait que la production du CRJ900 serait arrêtée cette année. Donc l’E175 (E1) sera tout seul aussi.

    Après l’échec de la création de coopération avec Boeing sur l’aviation commerciale, l’annonce de fin de production de CRJ et le retard de M100 est une bonne nouvelle pour Embraer. Ils ont beaucoup de chance, même s’ils n’ont rien fait pour avoir cette chance.

    Ceci dit, la demande pour des avions régionaux de 76 places n’est pas très importante.

    https://verovenia.wordpress.com/2020/05/12/another-entry-on-e175-e2/

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  • mai 13, 2020 à 12:19 pm
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    Ce sont leurs quelques clients qui leur ont dit d’oublier leurs commandes … et là ce sera l’annonce de la fin du M100 ou même de tout le programme parce que personne pour racheter à $1.

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    • mai 14, 2020 à 4:53 pm
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      Il me semble que sa serait plus pratique de continuer la fabrication du CRJ pour Mitsubishi quitte à le modernisé technologiquement parlant dans les prochaines années. Avec cette pandémie qui semble être là pour longtemp selon l’OMS même avec le déconfinement. Mitsubishi à tout son temps pour y arriver et rentabiliser son achat beaucoup plus vite que le développement de son programme spacejet.

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      • mai 14, 2020 à 11:58 pm
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        Même pas sur qu’il y aura encore un jet régional sur le marché d’ici 3 ans.

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  • mai 15, 2020 à 10:41 am
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    Mais avec le covid-19 qui pourrait s’installer de manière permanente selon l’OMS, je croirais que les transports régionaux seraient favorier plutôt que le transports/passagers à l’international que les pays pourraient bien limiter l’accès a leurs territoires pour éviter une contamination encore pire que maintenant. Peu importe ce qu’on pourrait penser le déconfinement des activitées économiques và se poursuivre ce qui implique des déplacements inter-régionaux. Probable une plus grande utilisation des avions régionaux sans oublier les jets d’affaires. On le verra dans les prochains mois pour l’instant aucune projection tient la route solidement.

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    • mai 15, 2020 à 12:33 pm
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      Le problème Louis c’est que la demande est tellement faible qu’il se pourrait que le production d’avions régionaux cesse complètement. Je crois que c »est à cela que Nicolas faisait allusion.

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      • mai 15, 2020 à 1:01 pm
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        Oui,mais avec le déconfinement des moyens de productions sa va quand même demander des moyens de transports régionaux à l’intérieur de chaque pays. Mais à court terme probable que le nombre de jets régionaux en service sera suffisant. Probablement que la fabrication de nouvelle appareil sera assez basse. Sauf si des lignes aériennes en profitent pour renouveller leurs appareils vieillissantes, sa sera quand même une production limiter. Disons que cette pandémie force à remettre en question tout le secteur de l’aéronautique/aérospatiale civil sauf le militaire.

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      • mai 15, 2020 à 6:52 pm
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        Effectivement, mais aux USA, ce sont les transporteurs régionaux qui vont y goûter (ils y goûtaient déjà avant la crise alors imaginez maintenant), le big three va favoriser ses avions et ses pilotes bien avant ceux des régionaux et plusieurs d’entres eux vont faire faillite dès que le gouvernement américain fermera le robinet des subventions d’urgences. Je pense que le concept des transporteurs régionaux aux USA sera grandement transformé dans les prochaines années.

        Et oublier le CRJ, ceux qui reste seront vite retiré et je ne serais pas surpris qu’il n’y ait pratiquement plus de CRJ en service dans 5 ans.

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        • mai 15, 2020 à 10:08 pm
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          Le prix du carburant sera très bas pour plusieurs années et un avion payé est toujours plus économique qu’un neuf. C’est sûr que le E-jet sera privilégié sur le CRJ.

          Les petites villes vont finir par arrêter les subventions et il y a Delta qui largue 2 CRJ pour un CSERIES. Le marché du RJ va se réduire considérablement. Plus la dépression qui est cachée par le con virus QI 19.

          Les RJ seront trop petits et les A320 et 737 seront trop gros … faites vos jeux. Les voyages en autobus à 200 km/h seront peut-être des compétiteurs. TGV ???

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  • mai 16, 2020 à 12:58 am
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    Tous ces milliards que le gouvernement fédéral déboursent dans une multitude de programmes en bonne partie pour que les compagnies gardent en emplois des milliers d’employés qui sont chez eux ou en usine a ce tourner les pouces. Donc je présume que le gouvernement est convaincu que le plein emplois va revenir dans les prochains mois et qu’il pourra percevoir des impôts pour faire face de nouveau à ces obligations financières. Si non sa n’aurait pas de sens ces programmes, sa serait jeter des milliards par la fenêtre sans espoir dans récupérer une bonne partis en impôts. Je peu pas croire pour l’instant que le gouvernement n’a pas envisager avec certitude que le déconfinement và mener à une reprise du plein en emplois. Si non sa sera ceux qui garderont leurs emplois qui seront surimposer et surtaxer pour que le gouvernement puisse faire face à ces oblgations.

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    • mai 16, 2020 à 11:37 am
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      Oubliez le plein emploi, le taux de chômage sera entre 15 et 20% au mieux après la crise. Les 20000 mise à pied chez Air Canada sont permanente.

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      • mai 16, 2020 à 8:51 pm
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        Si le taux de chômage se maintient pendant des années entre 15 et 20% + sa sera des coupes dans les programmes sociaux et des surimposition et des surtaxes sur toutes sortes de produits. Si tous ces programmes vont à termes, certains économistes parlent d’une dette éventuelle de milles milliards de dollars. Ces pourquoi je serais porter à croire que le gouvernement fédéral và insiter les provinces à déconfiner les moyens de production d’ici l’automne. De toute façon c’est déjà commencer dans la plupart des provinces malgré les mises en garde « publique »du premier ministre fédéral. …http://journaldemontreal.com/2020/05/16/59-programmes-daide-en-56-jours?fbclid=

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  • mai 17, 2020 à 11:38 am
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    Je suis attristé par la sinistrose que frappe beaucoup d’entre vous.

    Il se peut que la situation n’est pas si dramatique que ça. Je pense que les vols domestiques US vont arriver à un niveau 80% avant la crise en août 2020, au moins que quelques compagnies aériennes cessent d’opérer.

    Les vols internationaux vont dépendre de la destination, mais en général je pense que plus de 50% des vols seront rétablis en août.

    En ce qui concerne Mitac, il me semble que la maison mère Mitsubishi Heavy Industry a commencé à perdre patience par rapport aux retards successifs.

    Mon estimation sur le coût de développement de SpaceJet jusque là est d’environ US$ 7 milliard. Ça fait beaucoup pour un développement d’un avion régional. Il ne faut pas oublier que le program a été lancé en 2008, quelques mois avant le lancement du C Series.

    À ce stade, je suis intimement persuadé qu’ils ont demandé un audit global sur le projet effectué par des intervenants extérieurs. Je ne pense pas que auditeurs auraient donné un aperçu brillant de la situation.

    On ne devrait pas être étonné si un jour le projet est abandonné. Ce ne serait même pas le premier projet d’avion qu’on aura abandonné.

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    • mai 17, 2020 à 3:21 pm
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      Avant que le gouvernement américain ne ferme sa frontière, Southwest enregistrait déjà plus d’annulations que de nouvelles réservations: https://www.bizjournals.com/phoenix/news/2020/03/17/southwest-airlines-coronavirus.html . De plus le 28 avril dernier, lors de la présentation de ses résultats du premier trimestre, la compagnie déclarait que le nombre de billets vendus en mai 2020 était d’à penne 5% à 10 % par rapport celui 2019. À cette date, la compagnie se disait incapable d’estimer quelle sera la demande au delà du mois de mai. https://www.swamedia.com/releases/release-d022a267c7e8a5e2ea417054c62b226d-southwest-reports-first-quarter-2020-results

      Southwest a transporté 162 M de passagers en 2019 dont près de 95 % sur des vols intérieurs faisant de cette compagnie le plus gros transporteur sur le marché domestique américain. Ce que nous indique les chiffre de Southwest, c’est que la demande sur le marché intérieur américain s’est écroulée avant l’imposition des mesures de confinement car les gens ne voulaient plus voyager.

      Southwest est la compagnie idéale pour se faire une idée du marché intérieur des USA et pour le moment rien mais absolument rien ne pointe vers une reprise significative.

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    • mai 17, 2020 à 3:37 pm
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      80%? Impossible. Avec les règles de distanciation, ce sera difficile de faire mieux que 40 ou 50% maximum…

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      • mai 17, 2020 à 3:40 pm
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        À moins que Donald ne donne un coup de baguette magique?

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      • mai 17, 2020 à 4:14 pm
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        Il n’y aura pas de règle de distanciation à partir du mois septembre.

        En revanche il y aura certainement de masque obligatoire etc.

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        • mai 17, 2020 à 4:29 pm
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          « Il n’y aura pas de règle de distanciation à partir du mois septembre ». Alors les gens ne voudront pas prendre l’avion. Je rappel que la peur est une émotion très puissante, elle a le pouvoir de prendre assez facilement le dessus sur la raisonnement et alogique. Et en plus, aux USA plus personnes n’a confiance dans les institutions et la science.

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          • mai 17, 2020 à 4:58 pm
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            Je pense qu’on aura la réponse en août.

  • mai 17, 2020 à 6:32 pm
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    un des plus grans expert en aviation, sinon le plus grand, Adam Pilarski, estime la demande pour les avions neufs au cours des 4 prochaines années à… 0

    « Adam Pilarski, a consultant with Avitas who has warned for years that airlines were ordering too many planes during the boom times of the last decade, expects that airline traffic won’t return to 2019 levels until 2023, a forecast in line with many other observers.

    We already have enough planes for the next four years,” he told Forbes. “Every single person who has contracts to buy a plane doesn’t want them right now.”

    https://www.forbes.com/sites/jeremybogaisky/2020/04/03/boeing-737-max-airbus-avolon-cancel/#66106153fa37

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    • mai 17, 2020 à 10:04 pm
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      Si les prédictions d’Adam Pilarski se réalisent on pourrait dire à juste titre que bombardier sans le savoir à bien fait de vendre tous ces programmes d’avions commerciaux. Mais j’ai l’impression que ces l’utilisations des jets d’affaires qui pourraient bien progresser. Pour fournir a la demande si nécessaire va bien falloir que ces transporteurs augmente leurs flottes. D’où la relance des ventes donc la fabrication de ces avions dans les prochains mois ????. 😎😎

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      • mai 18, 2020 à 9:07 am
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        Ils ont bien fait dans la mesure où ils ont pu obtenir quelques centaines de millions mais le Q400 et les CRJ étaient sur le respirateur artificiel bien avant le virus.

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