Transat: situation et perspective deuxième partie

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Un redressement qui prendra du temps

L’année fiscale 2022 devrait se terminer sur une note négative pour Transat. Les emprunts de la compagnie devraient atteindre un sommet à 800 M$ au 31 octobre 2022. La capacité de l’entreprise à préserver ses liquidités au cours de l’année 2022 sera un indicateur des années à venir. 

La clause d’augmentation du taux d’intérêt sur une tranche de 390 M$ de la dette et pose un problème. La compagnie va devoir trouver le moyen de renégocier un nouveau prêt ou d’accélérer le remboursement. En 2023, l’entreprise pourrait être tentée de réduire ses liquidités afin de rembourser ce prêt à haut taux. 

Les alliances

Le véritable défi de la nouvelle PDG est celui des alliances qu’elle sera capable de négocier. Le ou les prochains partenaires du voyagiste auront un impact déterminant sur la manière dont ses routes seront structurées. La conclusion ou non d’une alliance commerciale jouera un rôle crucial dans l’avenir de Transat

Il existe trois grandes alliances aériennes qui par ordre de grandeur sont Star Alliance, Skyteam et Oneworld. Les compagnies membres collaborent pour la vente de billets et partagent les dépenses d’escales. Cette coopération permet de réduire considérablement les frais d’escale aux aéroports où plusieurs compagnies membres sont présentes. 

En contrepartie, il faut rencontrer les standards de service de l’alliance. Par exemple, tous les aéroports principaux d’une alliance offrent un salon privé pour la clientèle voyageant en classe affaires. À Montréal, Air Transat serait donc tenue d’ouvrir un salon privé réservé à la classe Club et la clientèle affaires des partenaires. Cela pourrait forcer la compagnie canadienne à augmenter son tarif de la classe Club afin de rencontrer les standards d’une alliance.

Porter

Porter n’est pas membre de l’un des trois grands groupes et a toujours négocié des ententes individuelles avec d’autres transporteurs. Lorsque la compagnie ontarienne aura sa flotte de trente E2, elle ferait un excellent partenaire pour Air Transat :

La qualité du service à la clientèle de Porter ressemble beaucoup plus à celui de Transat. Les passagers n’y verraient pas une très grande différence en passant d’une compagnie à l’autre. La correspondance avec des vols internationaux permettrait d’attirer plus de passagers sur les vols intérieurs de Porter. La présence d’Air Transat à Montréal et Toronto serait très compatible avec le réseau de Porter. Réunies ensemble ces deux compagnies feraient la vie dure à Air Canada et WestJet. 

Porter a déjà pris la décision d’investir dans le développement d’un réseau intérieur ; avec une entente, Transat pourrait alors concentrer ses ressources sur ce qu’elle fait mieux. Je ne sais pas si Air Transat et Porter se sont parlé à ce jour. Mais c’est évident que cette solution doit être envisagée par les deux directions.

Star Alliance

Star Alliance est la plus grande des trois regroupements et elle compte 26 compagnies membres dont Air Canada et United Airlines. Austrian, Brussels, Egyptair, Lufthansa, SWISS et TAP offrent déjà des vols transatlantiques vers Montréal. À cela il faut ajouter ceux offerts par Air Canada qui sert de transporteur régional. Air Transat a donc très peu à offrir à Star Alliance et il serait donc surprenant qu’elle rejoigne ce groupe. 

Skyteam

Skyteam regroupe 19 compagnies aériennes, dont Air France et Delta Airlines. WestJet n’en fait pas officiellement partie, mais a des ententes avec Air France et Delta. Bien qu’il y ait moins de compagnies européennes au sein de Skyteam, l’offre de Transat n’est pas tellement alléchante. La présence de la compagnie québécoise dans ce groupe fait du sens seulement si WestJet devenait également partenaire canadien d’Air Transat. Le problème c’est que les deux compagnies risqueraient de se piler sur les pieds à Toronto.

Oneworld

Oeworld ne compte que 13 compagnies membres et les deux plus grosses sont American et British Airways. Notez qu’Iberia, Qatar et Royal Air Maroc viennent à Montréal. Mais aucune compagnie n’est présente sur le lucratif marché des vols Montréal-Paris. À l’été 2019, Air Canada, Air France, Air Transat, Corsaire et Level offraient une dizaine de vols par jours. Pour Air Canada, Air France et Air Transat, Montréal-Paris se classe dans le haut des liaisons les plus rentables. 

L’arrivée d’Air Transat au sein du groupe permettrait donc à l’alliance d’accéder à ce marché. Remarquez qu’Américan Airlines est la seule grande compagnie américaine à ne pas avoir de partenaires canadiens. L’adhésion d’Air Transat à Oneworld pourrait être conditionnelle au développement de son réseau intérieur. Évidemment, si la demande d’adhésion est faite conjointement avec Porter, elle devient plus attrayante.

S’il n’y a pas d’alliance

Si Transat ne parvient pas à signer une alliance dans les deux prochaines années, son avenir sera plus incertain. Je ne dis pas que la compagnie ne sera pas en mesure de se débrouiller seule, mais ses perspectives seraient alors limitées : des vols entre le Québec et la France l’été puis vers les Antilles et les Caraïbes l’hiver. 

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