Avion zéro émissions, Québec doit réagir.

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Pas une utopie 

Hier, le gouvernement français a annoncé une aide de 1,5 G d’euros pour le développement d’avions écologiques. L’objectif de ce plan d’aide est de réussir à mettre au point un avion zéro émissions pour 2035. 

Ce projet a fait froncer bien des sourcils et plusieurs y voient une utopie plutôt qu’un objectif réaliste. Mais certaines indications me laissent croire que le plan français est réaliste. En septembre 2019, le PDG d’Airbus, M. Guillaume Faury, était de passage à Montréal. Devant un groupe de journalistes, il disait qu’il était possible de mettre au point un avion zéro émissions pour 2040. Puis au début de mois de mars dernier, le PDG de Dassault, M. Éric Trappier, qui répondait aux médias montréalais sur la question de l’environnement avait déclaré que l’hydrogène semblait être une voie prometteuse

Bien avant l’annonce du plan de sauvetage de l’industrie aéronautique française, ces deux dirigeants croyaient en un avion vert. Visiblement, l’objectif d’un avion zéro émissions pour 2035 n’a pas été pigé dans un chapeau. Suite à l’annonce d’hier, M. Trappier a qualifié l’échéance de 2035 « d’ambitieux mais réalisable. »

Des projets qui se précisent

C’est à la page 18 du document intitulé « Plan de soutien à l’aéronautique » que l’on retrouve entre autres les précisions suivantes :

« le successeur de l’A320, l’appareil commercial le plus vendu au monde, selon deux directions d’effort complémentaires : l’ultrasobriété énergétique (gain de 30% de consommation de carburant et capacité de 100% de biocarburants) et le passage à l’hydrogène comme énergie primaire (appareil « zéro émissions de CO2 »). Cet appareil, qui pourrait entrer en service entre 2033 et 2035, avec un premier démonstrateur entre 2026 et 2028, définira les nouveaux standards mondiaux d’avions de ligne sur le plan environnemental »

« de nouveaux appareils d’affaires, capables de 100% de biocarburants et à plus long terme, alimentés au moins partiellement à l’hydrogène, des appareils d’aviation générale hybrides et des drones de haute performance (démonstrateur en 2030) »

Le péril

Le gouvernement français vient donc d’annoncer qu’il subventionne le développement de nouveaux avions de passagers et d’affaires. Ce plan met en péril la survie à long terme de l’A220 et de Bombardier Aviation. Il ne s’agit pas ici de faire le procès du gouvernement français qui agit dans les meilleurs intérêts de son industrie aérospatiale. Mais je constate que pendant ce temps, ici, on en est encore à se demander si et comment il faut intervenir. 

Dassault pourra compter sur l’aide de l’État français afin de compétitionner Bombardier sans que personne ne proteste. Airbus pourra compter sur l’aide de la France afin de développer le remplaçant de l’A320. Puisque cette aide doit servir à l’industrie aéronautique française, cela exclut l’A220 et Mirabel de l’équation. 

La nécessité d’agir

Le gouvernement fédéral n’a donné aucun signe d’intérêt pour une stratégie aérospatiale canadienne. Qu’il continue de tergiverser si cela lui chante, mais Québec doit agir afin d’éviter que l’industrie aérospatiale québécoise ne soit dépassée. 

Le Québec possède les infrastructures de production d’énergie renouvelable, il a aussi une expertise dans le matériel de stockage. Il a également les infrastructures de production, de la matière première et le génie nécessaire pour aller de l’avant. Mais pendant que l’on réfléchit, les autres ont déjà identifié la direction à prendre. Bell Flight travaille actuellement sur une version 100% électrique de son projet Nexus. Elle ne reçoit aucune aide gouvernementale, pendant ce Airbus pourra compter sur le soutien de l’État.

J’ai du mal à concevoir que l’on va bêtement manquer l’occasion qui est devant nous. Après le slogan des années 69 « maître chez nous » allons-nous passer à « maître en rien .» Le futur est aux avions verts! 

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25 avis sur “Avion zéro émissions, Québec doit réagir.

  • juin 10, 2020 à 10:47 am
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    Bien dit. J’ose espérer que Québec va aller de l’avant et vite. Va falloir que les bottines suivrent les babines des ministres et du premier ministre. Fini les discussions pour convaincre messieurs et madames tout-le-monde. L’économie/emplois doit avoir le premier choix.

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  • juin 10, 2020 à 11:11 am
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    Bien d’accord avec ce point de vue.

    Airbus initie une course à l’innovation technologique pour les avions d’affaire. Bombardier et l’État canadien n’ont pas le choix et devront emboîter le pas dans la même direction. À long terme, c’est à ce prix que nous pourrons garantir la pérennité de notre industrie aéronautique.

    Il y a ici un enjeu de taille. À mon avis, c’est particulièrement au niveau de l’innovation technologique qu’on peut briller au Québec.

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  • juin 10, 2020 à 12:10 pm
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    Personnellement je ne crois pas que l’hydrogène sera la voie de l’avenir pour le zéro émission, trop cher à produire.

    Nous avons plus de chance de voir des moteurs électriques se développer pour l’aviation.

    Cette annonce ressemble bien plus a une aide déguisé en période de crise qu’a un projet concret et viable de recherche a mon humble avis.

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    • juin 11, 2020 à 12:19 pm
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      Hydrogene, il faut comprendre pile a combustible, donc électrique.
      L hydrogène n est qu un moyen de stockage, comme la batterie.
      Pour le rendement, il faut voir sur l ensemble de la chaîne.
      Un moteur thermique par exemple a quoi, 30% de rendement?

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  • juin 10, 2020 à 3:12 pm
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    Question d’information: en quoi les bio-carburants sont-ils supérieurs aux carburants réguliers pour l’aviation?

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    • juin 11, 2020 à 2:47 pm
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      Rép: La grosse subvention … et la publicité fausse entourant les bio carburants

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  • juin 10, 2020 à 5:32 pm
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    Et pourquoi pas s’associer avec la France pour un développement conjoint?

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    • juin 10, 2020 à 5:33 pm
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      Je ne suis pas contre bien au contraire, ce serais même une excellente chose.

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      • juin 10, 2020 à 6:42 pm
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        Dans ce cas, un défi politique s’ajouterait au défi technologique.

        Bien qu’il y ait des allures d’alliance naturelle pour le Québec avec la présence d’Airbus et de Stelia, les intérêts de tous les acteurs français et canadiens ne sont pas au diapason. Par exemple, pour les avions d’affaire, Dassault est actuellement en concurrence directe avec Bombardier, Safran est en concurrence directe avec Pratt & Whitney.

        Pour justifier et faciliter les investissements de deniers publics dans un partenariat sur la recherche fondamentale, il faudrait peut-être une nouvelle structure permettant la mise en commun des ressources et des bénéfices dans l’intérêt de toutes ces entreprises. Il ne s’agit plus de subsides, on est ailleurs.

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  • juin 10, 2020 à 5:51 pm
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    Ce sont les fabricants de moteurs qui auront la responsabilité de développer les moteurs à hydrogène. C’est pas très difficile de convertir les moteurs existant. Le problème c’est le prix et la disponibilité de l’hydrogène.

    Je ne vois pas comment le gouv du Québec pourrait tirer son épingle sans finir comme le CSERIES avec un investissement de 1 milliard $US qui ne vaut plus rien maintenant.

    Tout le reste ce sont les politicailleux qui font de l’esbroufe. Qu’ils commencent par taxer le jet fuel en sortant de la convention de Chicago (1944) pour donner une chance à l’hydrogène. Ça ne se produira pas !!! Des promesses dans 20 ans, c’est toujours une arnaque parce que la vaste majorité d’entre eux ne seront plus là.

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    • juin 11, 2020 à 12:21 pm
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      Non c est impossible.
      Ce n’ est pas la même technologie.
      On ne parle pas de moteur a hydrogène, mais de moteur électrique, avec une pile à combustible.

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      • juin 11, 2020 à 2:55 pm
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        Les rendements sont les même (~50%) pour un avion de même masse mais le poids des piles à combustible rendra l’avion beaucoup plus lourd.

        Si il y a hydrogène, ce sera liquide et brûlé dans des moteurs à réaction.

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  • juin 10, 2020 à 6:17 pm
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    Actuellement il y a beaucoup d’avions à zéro émission, puisqu’ils sont cloués au sol.

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    • juin 10, 2020 à 6:38 pm
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      C’est exactement de cette manière que le ministre canadien des transports calcul.

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      • juin 11, 2020 à 1:18 am
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        Le ministre des transports est toujours vivant???

        Quelqu’un peut lui dire que toute une industrie attend un plan de relance de son ministère?
        Que malgré que le covid sévit encore le télé-travail existe.

        Peut-être qu’on devrait mettre sa photo sur une pinte de lait.

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  • juin 11, 2020 à 12:15 pm
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    C’est Guillaume Faury 🙂

    Fury c’est chez Marvel.

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    • juin 11, 2020 à 12:59 pm
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      Marci François, je corrige la coquille

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  • juin 13, 2020 à 11:01 pm
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    « Ce plan met en péril la survie à long terme de l’A220 » . L’avion qui remplacera le A320 sera le A220-500 qui pourra être motorisé avec des moteurs à l’hydrogène ou électriques. Airbus développera un remplaçant au A321 qui aura de très bonne capacité long courrier avec les nouvelles technologies vertes. Évidement les A220-500 fourniront beaucoup d’emplois en Europe et le Québec et le Canada devront contribuer s’ils veulent avoir des emplois. Les cies aériennes seront ravies d’avoir le même poste de pilotage pour les avions de 100 à 160 passagers.

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